Le président de l'Union des Comores, Ahmed Abdallah Mohamed Sambi
Que se passe-t-il dans notre pays ? Nous avons le devoir de nous interroger, de nous demander le pourquoi de tout ce qui nous arrive pour qu'à l'avenir nous ne retombions plus par terre, peut-être nous pourrons être capables de réagir !
Le séparatisme anjouanais, il faut l'accepter, nous a aussi aidés à prendre conscience du mal-être comorien. Certainement si les Anjouanais n'avaient pas décidé de poser certaines questions qui fâchent, nous ne serions pas là ! Les Comores étaient dans la spirale de la dislocation même si certains, par idéalisme, croient que certaines valeurs, universelles pour toute nation qui respecte, sont immuables.
Soit ! Un pays créé dans la division d'abord naturelle parce que géographique, ensuite artificielle puisque les gouvernants, certains en tout cas, ont toujours cru que la VÉRITÉ est seulement la LEUR, ne pouvait pas échapper, du moins du point de vue opportuniste, à la division. Notre intelligence ne se mesurerait pas par rapport à la grandeur, à la véracité ou même à la logique de nos idéaux, mais modestement par rapport à nos réflexions qui, d'ailleurs, ne pouvaient pas être identiques à celles qui se font sous d'autres cieux, pour proposer, expérimenter et défendre des conceptions devant consolider notre union, notre vivre en commun.
Il sert à rien de convaincre que l'Etat unitaire serait certainement la meilleure organisation étatique qui sauverait notre pays ne serait-ce qu'en matière d'efficacité de gestion. Nous pensons que la meilleure ne pouvait être que celle qui nous permettrait tous d'être là, d'accepter que nous sommes tous là, de nous sentir tous concernés. C'est cela l'Accord cadre de Fomboni pour la Réconciliation Nationale aux Comores. Cet Accord n'est certainement pas le meilleur cadre. Il ne l'est d'autant plus qu'il renferme en lui les germes même de la division.
Toutefois, il reste le cadre grâce auquel nous sommes parvenus à mettre en place une organisation politique, économique et sociale qui a permis aux comoriens de se retrouver pour organiser leur avenir. Il est surtout le fruit qui est sorti d'un long et difficile mais franc et sincère débat entre les enfants d'un même pays. C'est pour cette raison qu'il constitue la base de l'Union des Comores. Qu'on ne me convainque pas qu'un État, un petit État, n'a pas besoin de quatre Exécutifs, quatre Parlements et quatre « toute autre » institutions identiques à toutes celles qui constituent l'Etat central. Oui, parce que je le suis déjà. La seule différence réside sur le fait que je suis aussi convaincu que cela ne sera efficace que si la confiance règne entre les populations de nos îles, entre nous-mêmes et entre les gouvernés et les gouvernants. Et ce travail sera long. Il sera compliqué et complexe.
Que Sambi ait décidé unilatéralement de modifier les règles du jeu en cours de mandat et que cela profite en premier à lui, acceptons que cela n'est ni digne, ni intelligent et surtout cela comporte beaucoup d'éléments d'opportunisme avérés. Jamais et au grand jamais, Sambi ne bénéficiera pas de mes excuses ! Cet homme est très dangereux. D'abord, il feint d'ignorer qu'il n'a pas les capacités intellectuelles de mener de réflexions sinon l'école n'aurait aucun sens ici-bas ! Ensuite, à l'image d'une certaine littérature du XIXème siècle, l'homme semble avoir intégré la théorie selon laquelle l'essentiel est de « PARVENIR ». Il paraît, selon les connaisseurs théologiens, que cela est même recommandé par les chiites !
En dernier lieu, Sambi serait, en matière pénale, pour un bon avocat, un irresponsable, donc quelqu'un qui ne répondrait même pas à ses actes : un mineur, un homme incomplet, une personne que la loi excuserait à condition bien sûr qu'il suive une thérapie protocolaire suivie par des vrais spécialistes. Le véritable problème n'est donc pas Sambi, c'est Nous, pardon, c'est Eux ! Ceux qui l'ont cru, qui l'ont élu, qui le soutiennent et qui continuent à lui faire confiance !
Comment voulez-vous que l'avenir de notre pays soit radieux alors que ceux là mêmes dont la vocation aurait dû être la promotion de la perfection, la consolidation de l'analyse scientifique, la persévérance de la logique, sont devenus des opportunistes, des petits hommes dont la seule et unique raison d'être est leur survie ?
Aujourd'hui, après que Sambi ait organisé son référendum constitutionnel, l'on se rend compte que rien n'est réglé, au contraire, le blocage persiste et s'amplifie et simultanément on se rend compte que plus les jours passent, plus le terme du mandat de Sambi pointe à l'horizon, plus les choses se compliquent davantage ! Les nouvelles dispositions de la constitution du 23 décembre, selon le pouvoir de Moroni, devaient, en principe, remettre le pays au travail. Toute la campagne de Sambi s'articulait sur ce raisonnement ! Adoptées sans être réellement adoptées, elles sont venues réveiller les comoriens d'un long sommeil. Le pays n'a plus de députés, ni au niveau de l'Etat fédéral et encore moins au niveau insulaire. Le Gouvernement de l'Union prétend vouloir organiser des législatives très prochainement.
Toutefois, le Président Sambi a voulu modifier les « TITRES» ainsi que les structures des Exécutifs de l'Union et des Iles Autonomes. A cet effet, à la tête des Iles Autonomes, seraient élus des Gouverneurs tandis que le Président de l'Union dont le titre resterait « Président », serait élu avec TROIS au lieu seulement de DEUX Vice-présidents. Cet ainsi que sans dispositions transitoires, le Président Sambi et son Gouvernement voudraient appliquer cette réforme pour, tenez-vous bien, seulement un seul côté : les actuels chefs des exécutifs des îles doivent être appelés « Gouverneurs » conformément aux dites réformes mais en même temps, l'actuel Président de l'Union resterait le même.
C'est ainsi que Sambi ne veut pas reconnaître les nominations faites les actuels Chefs des Exécutifs des Iles désignant les membres de la commission nationale électorale. La commission ne peut donc pas travailler et les élections législatives peuvent ne pas s'organiser au plus vite. En vérité, Sambi cherche, par tous les moyens, à rester au pouvoir après la fin de son mandat. Pour cela, chaque jour il crée un autre blocage et épaulé par son Gouvernement qui commence à avoir peur de l'avenir puisque leur gestion reste catastrophique.
Comment comprendre que des personnalités élues comme Président, investies par la Cour Constitutionnelle pour un mandat de 5 ans, deviennent des Gouverneurs alors que ces derniers selon la réforme constitutionnelle doivent être élus dans des conditions bien définies ? Et si cela est normal alors pourquoi donc le Président de l'Union selon la même réforme qui doit être élu avec 3 vice-présidents, resterait l'ancien ?
Si vraiment c'est ce qu'a voulu Sambi, pourquoi n'a-t-il pas prévu des dispositions transitoires dans lesquelles il aurait réglé ce problème ? Si cette situation persiste, il n'est pas exclu que les Comores retombent encore par terre comme son histoire récente le montre.
Le moment est venu pour que toutes forces vives nationales provoquent le choc : organiser des assises nationales pour imposer une nouvelle gouvernance ainsi que fixer tout le calendrier dans un échéancier conforme à la législation en vigueur !
Comoriens de toutes les couches, réveillez-vous !
A. El-T./APR
Tribune libre : Ianjouanpresid


